Skip to Content
Dossier

Ce que l'astrologie a donné à l'astronomie

Pendant deux mille ans, la même personne calculait les positions et les interprétait. La séparation est récente, et la dette va dans les deux sens.

Arts divinatoires 3 min de lecture

On raconte volontiers l'histoire comme une émancipation : l'astronomie aurait fini par se dégager de l'astrologie, sa parente superstitieuse. Le récit est faux sur les dates et sur les personnes. Il vaut mieux regarder ce qui s'est réellement passé.

La même personne, le même livre

Ptolémée écrit l'Almageste, qui calcule, et le Tetrabiblos, qui interprète. Il les présente comme les deux parties d'une seule discipline, en précisant que la seconde est moins sûre. Les deux sont dans la bibliothèque de ce fonds.

Kepler était astrologue de cour et tirait des horoscopes pour Wallenstein ; il en a vécu. Tycho Brahe tenait un observatoire financé par un roi qui attendait des prédictions. Galilée dressait des thèmes pour les Médicis. Aucun d'eux ne voyait là une activité honteuse à côté d'une activité noble : la demande astrologique payait l'observation.

Ce que la demande a produit

Une prédiction astrologique exige de savoir où sera une planète à une date donnée. C'est une exigence de précision, et elle a été le principal moteur économique du calcul des positions pendant des siècles.

Les tables alphonsines, les tables pruténiques, les éphémérides imprimées en série au XVIe siècle : ces instruments ont été produits, achetés et corrigés parce qu'il y avait un marché. La trigonométrie sphérique s'est développée dans ce cadre. Les observatoires arabes ont été financés en grande partie pour cela.

Kepler formule ses deux premières lois en travaillant sur Mars, à partir des observations de Tycho, dans un institut dont la raison d'être officielle incluait l'astrologie. Le fait ne rend pas l'astrologie vraie. Il rappelle que les institutions scientifiques naissent des besoins de leur temps, pas de la pureté de leurs motifs.

Ce que l'astronomie a rendu

Dans l'autre sens, la dette est plus cruelle. La précession des équinoxes, mesurée par Hipparque et transmise par Ptolémée, a séparé les signes des constellations — le fonds y consacre une entrée de lexique. Le système tropical a choisi d'ignorer ce glissement, ce qui est une décision cohérente mais qui coupe définitivement le lien avec le ciel visible.

Puis les découvertes ont posé une question à laquelle le système ne pouvait pas répondre sans se renier : Uranus en 1781, Neptune en 1846, Pluton en 1930 ont été intégrés ; les astéroïdes, pour l'essentiel, non ; Pluton, reclassé en planète naine en 2006, est resté. Les critères d'admission sont ceux du système, pas ceux de l'astronomie.

La séparation

Elle n'est pas le fruit d'une réfutation unique. L'astrologie n'a jamais été formellement démentie par une expérience décisive ; elle a été progressivement abandonnée par les institutions savantes à mesure que la physique fournissait des causes — la gravitation, puis la nature des étoiles — et que la cosmologie sur laquelle elle reposait cessait d'être tenable.

Les tests statistiques menés au XXe siècle, dont l'étude de Shawn Carlson publiée dans Nature en 1985, n'ont pas mis en évidence de capacité prédictive supérieure au hasard. Ils ont conclu ce que l'histoire avait déjà tranché.

Il reste une discipline morte et deux mille ans de calculs qui, eux, servent encore.